Les rencontres

Depuis bien avant la naissance de la maison E, j'ai toujours été attirée par l'art et l'artisanat. Cette quête incessante des artisans et artistes avec qui partager ma sensibilité m'ont permis de faire des rencontres formidables. Des personnes inspirantes et passionnées partageant la même vision du monde que la maison E.

J'ai souhaité, qu'elle nous parlent ici de leurs savoir-faire, qu'elles nous partagent leurs expériences et leur rapport au monde.

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STUDIO PRIMITIF

La terre c'est la vie

LA CÉRAMIQUE VOUS RÉUNIT AUJOURD’HUI, QUE REPRÉSENTE CET ARTISANAT POUR VOUS ?
La terre c'est l'origine de la vie.  C'est un artisanat ancestral et qui témoigne de toutes traces de civilisations.

Il évoque à la fois la spontanéité de l'enfant et l'exigence du savoir-faire artisanal. La céramique, après de longues années d’oubli, connaît un nouvel engouement de la part des designers, des architectes, des marques et plus globalement du public partout dans le monde. Ce qui est fabuleux et qui selon nous explique cet enthousiasme c’est sa versatilité : on peut l’adapter à toutes les époques, à tous les styles, à toutes les personnalités.

 

STUDIO PRIMITIF EST UN NOM TRÈS ÉVOCATEUR. REVENIR À NOUS, NOS RACINES, LAISSEZ PARLER NOTRE CRÉATIVITÉ PROFONDE, EST-CE VOTRE MESSAGE ?
Parfaitement, nous avons choisi notre nom PRIMITIF en relation avec cette capacité innée que nous avons tous de créer en travaillant la terre. L'homme la travaille depuis qu'il s'est sédentarisé, on aime à penser que c'est donc dans nos gènes que nous avons cette capacité. Beaucoup de gens (y compris nous, il n’y a pas si longtemps) se brident en pensant que les autres sont créatifs mais qu'eux n'ont pas ce don. Avec Primitif, nous avons comme mission de les aider à se reconnecter à cette créativité primaire.

LE TRAVAIL DE LA TERRE SE DÉVELOPPE ET SE DIFFUSE DE PLUS EN PLUS CES DERNIERS TEMPS. PENSEZ-VOUS QUE NOUS SOMMES EN TRAIN DE VIVRE UN VRAI CHANGEMENT DU STATUT DE L’ARTISANAT DANS NOTRE SOCIÉTÉ ?
Nous l'espérons fortement ! Ce qui est certain, c'est qu’en faisant par nous même que nous pouvons mieux apprendre/comprendre la valeur des créations artisanales. Nous voulons aussi contribuer à cela. Nous sommes ravies d'entendre nos élèves  à la fin d'un stage dire qu'ils comprennent mieux pourquoi un bol tourné à la main peut valoir 30€. Beaucoup des produits industrialisés que nous achetons sont pourtant issus de savoir faire artisanal mais nous trompent sur la véritable valeurs des choses. Nous souhaitons que les gens achètent moins mais mieux. Qu'ils portent une attention particulière aux objets qui les entourent.  Nous sentons que la transition est en cours mais qu'elle demande encore du temps .

 

EST-CE QUE LE TRAVAIL DE LA TERRE VOUS APPORTE UN AUTRE RAPPORT AU TEMPS ?
Tout à fait. Il y a les échéances perso, pro et puis il y a le temps de la terre : incompressible. Qui dépend directement des éléments (soleil, pluie, humidité), des cuissons, de la capacité humaine. Par exemple : une cuisson dure environ 48h00 - On ne connaît le résultat de son travail qu'à la sortie de la deuxième cuisson. Cette attente, est parfois insoutenable mais nous oblige à tout relativiser, tout repenser. Pas possible de souscrire à un abonnement Prime pour accélérer !

 

QUE VOUS INSPIRE LA MAISON E ? ET QUELS SONT VOS PRODUITS PRÉFÉRÉS ?
E comme Essentiel, Écologique, Équilibré, Engagement... et on en passe. La Maison E c'est aussi Caroline, une personne douce, attentive avec qui c’est un vrai plaisir de travailler. À la maison E on aime le shampoing solide et le solide vaisselle (qui dure, qui dure!), nous avons aussi adoré le travail de feuilles en bois sculpté en collaboration avec Victor Giannotta.

studioprimitif.com

Je collabore avec le STUDIO PRIMITIF chaque saison depuis 2019

la mason E artisanat collaboration Sepa
 
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VICTOR GIANNOTTA | Sepa

Poète ​des bois

RACONTE NOUS COMMENT TU AS TROUVÉ LE CHEMIN DE TON ART ?

ET COMMENT LE DÉFINIS-TU ?

L’investissement dans le travail du bois a pris de l’ampleur au retour d’un voyage au Japon. C’était dans le cadre d’un partenariat entre les Beaux-Arts de Paris et la Tokyo Art School. Nous étions invités à réaliser des pièces pour une exposition dans trois maisons du plus vieux quartier de Tokyo. Lors de ce voyage, j’ai pris conscience que ma sensibilité pour les objets du quotidien ainsi que leur émanation spirituelle avait un nom, ou plutôt que ces caractères étaient reconnus et respectés naturellement. J’ai eu envie de me délester des matériaux en eux-mêmes, de les utiliser, de les montrer tels qu’ils apparaissent dans la nature. C’est une recherche perpétuelle dans l’environnement, pour bénéficier de l’harmonie déjà existante de toute chose. À la manière de voyages au long cours que j’aime mener, affublé de l’essentiel selon ma sensibilité, la confection de ce chemin artistique se fait en suivant d’abord une grande direction. Puis les étapes inattendues arrivent, et le paysage se forme lentement, dans l’acceptation totale. Je souhaite mener ce voyage au plus loin que je puisse.

 

DANS QUEL ÉTAT D’ESPRIT ES-TU QUAND TU TRAVAILLES LE BOIS ?

C’est important que les étapes de travail se fassent dans le calme et la concentration.

Je me fabrique des méthodes pour rester discipliné lorsque je manie les outils. Je sais qu’ils sont tranchants, alors je déchiffre ce que le morceau de bois suggère de prime abord et tente de suivre au plus près les formes incluses. J’apprécie que le temps de travail soit un rituel, que l’esprit et le corps soient réunis pleinement, dans le respect du matériau et de ce qui modifie le matériau

COMMENT CHOISIS-TU LE BOIS AVEC LEQUEL TU TRAVAILLES ?

C’est en fonction de là où je me trouve que je choisi le bois qui sera utilisé pour une pièce. Travailler avec un bois qui nous environne est d’une importance capitale selon moi, parce qu’on peut en faire ressentir les bienfaits une fois l’objet réalisé. Le matériau bois, de part sa grande résistance dans le temps, est porteur d’histoires, de vies, mais aussi de gens, et j’aime l’idée de fabriquer une pièce avec du bois qui existait déjà avant moi. Je n’ai pas envie d’acheter de bois pour l’instant parce que celui que je trouve suffit, mais bien sur, si l’on me demande un travail de menuiserie, j’irai sélectionner le bois dont j’ai besoin chez une personne en qui j’ai confiance quand à la provenance. Ça me tient à coeur de valoriser le bois mort, pourri, rongé, tombé, brisé parce qu’ils racontent des paysages de choses.

 

QUELLE RELATION AS-TU AVEC LES ARBRES ?

Je les aime profondément, ils me touchent d’élégance et de respect qu’ils ont les uns pour les autres lorsqu’ils croissent. Cette délicatesse avec laquelle ils se frôlent, se laissent monter à la lumière, se soutiennent aussi parfois me bouleverse beaucoup.

 

QUE T’INSPIRE LA MAISON E ? 

POURQUOI AS-TU ACCEPTÉ CETTE COLLABORATION ?

Ce qui m’a tout de suite plu, c’est la saisonnalité de l’activité de la maison E. Quelle importance que la compréhension de notre environnement pour bénéficier des plus fines fleurs et lui rendre la pareille en le laissant se reposer. Je suis sensible à celles et ceux qui le sont aussi, et il me semble qu’il y a un très grand intérêt pour la douceur des matériaux, pour la cohérence des sujets évoqués, en somme pour ce qu’est la qualité. Je souhaite me battre pour pouvoir apporter des pièces de qualité à toutes celles et ceux qui veulent les voir, et souhaite honorer les intermèdes qui font le pari de soutenir ces objets de réactions poétiques. Accepter cette collaboration est donc un moyen de parler ensemble des choses douces et importantes de ce qui constitue notre environnement, et je remercie énormément Caroline pour m’avoir sollicité avec cette sélection de feuilles « s’évennent ».

sepaaaa.com

Cinq feuilles originales de Victor

ont été présentées dans le shop d'automne 2021

 

LOLA MATHÉ 

Art sensible

COMMENT AS-TU FAIS TES PREMIERS PAS DANS L'UNIVERS ARTISTIQUE ?

J’ai eu cette chance de grandir bien entourée, avec des parents qui m’ont toujours poussé à suivre mes envies et transmis ce goût pour la création. Des parents que le milieu artistique n’effraie pas. Bien sûr, ma pratique a évolué au fil des années. Ma vision artistique s’est enrichie et structurée ; le chemin n’est pas tout tracé, je le suis d’une façon assez spontanée, je me laisse porter et je vois où il me mène... Je considère ma pratique personnelle créative comme une forme de stimulation constante, une porte ouverte sur le monde qui m’entoure et sur mes rêveries. Je m’exprime dans un univers graphique qui se caractérise par la simplicité, une approche douce et directe des textures et des couleurs.

COMMENT EN ES-TU ARRIVÉE À UTILISER DU CAFÉ DANS TES CRÉATIONS ?

Il y a cette citation qui dit « De la contrainte naît la créativité ». Je crois qu’elle illustre bien mon cheminement vers la pratique du café dans mes créations. C’était en mars 2020, lors du premier confinement, alors que toutes les boutiques d’art étaient fermées, l’Atelier des Beaux-Arts du 20è arrondissement étant fermé, j’avais peu de matériel à ma disposition pour créer : seulement quelques pinceaux, une dizaine de feutres et de vieux tubes de peinture acrylique. J’avais en moi ce désir de créer, mais pas grand-chose sous la main me le permettant... C’est alors que m’est venu l’idée d’utiliser le café. J’ai aussitôt été séduite par ce matériau, à la fois simple dans son utilisation et pourtant riche en sensations. Je le trouve intéressant à travailler, il offre un large panel de nuances, capte et renvoie la lumière, se pare de reflets irisés en fonction de sa densité... Il vit sur le papier.

 

DANS QUEL ÉTAT D'ESPRIT ES-TU QUAND TU PEINTS ?

Avec ma série « Café », j’adopte une démarche plus minimaliste, basée sur l’idée de répétition : le point, la ligne, une couleur. Je suis comme absorbée par ce processus de création, c’est comme un voyage intérieur méditatif. C’est très agréable. Je tente d’insuffler une dimension spirituelle et contemplative à mon travail, détachée de tout intellectualisme. Je fais, c’est instinctif. Je ne cherche pas particulièrement de sens à mes créations. Je préfère me tourner vers la sensation, la simplicité et l’authenticité. J’aime penser chaque œuvre comme une composition scientifique, avec à chacune sa méthode, sa mesure, son rythme et sa lumière.

COMMENT AS-TU TROUVÉ L'INSPIRATION POUR LES ŒUVRES ORIGINALES QUE TU AS RÉALISÉES POUR LA MAISON E ? 

Cela est venu assez naturellement. Les échanges avec Caroline ont été constructifs, nous avons confronté nos visions, nos envies, notre sensibilité... Grâce à leurs teintes brunes, leurs reflets cuivrés, mes illustrations au café incarnent une certaine poésie automnale. A travers les formes abstraites qui se dessinent, on peut alors y voir des gouttes de pluie dansantes sur le papier, les rainures d’un tronc d’arbre, la texture d’une écorce humide... Je pense que chacun est libre de voir ce qu'il veut voir, de ressentir telle ou telle émotion. J'aime l'idée d'une interprétation singulière.

QUE T'INSPIRE LA MAISON E ?

POURQUOI AS-TU ACCEPTÉ CETTE COLLABORATION ?

J’ai justement accepté cette collaboration avec la Maison pour ce qu’elle m’inspire : une certaine douceur, un art de vivre, une poésie, une authenticité, avec laquelle je me sens en phase. Je ne me suis encore jamais rendue sur place, je n’ai pas eu l’occasion de la visiter mais j’ai le sentiment à travers la personnalité de Caroline et des collections qu’elle propose sur le e-shop, de pouvoir ressentir ce lieu paisible, vivant et joyeux où la nature et l’artisanat existent et se répondent en harmonie, au rythme des saisons.

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Trois créations originales de Lola ont été présentées dans le shop d'automne 2021

 
 

LUCIE NEVERS 

L'amour des beaux objets

RACONTE-MOI TON PLUS ANCIEN SOUVENIR AVEC LES ARBRES. UNE IMAGE DE TON ENFANCE, UNE ÉMOTION...

Je n'ai pas de souvenir spécifique parce que j'ai toujours cohabité avec la nature. Être dehors quand il fait beau, ramasser les feuilles du chêne parce qu'il en tombe beaucoup en hiver, grimper dans le cerisier du jardin. Mon enfance est empreinte de nature, de façon simple et évidente.     

SI TU ÉTAIS UN ARBRE, LEQUEL SERAIS-TU ?

C'est difficile de répondre à cette question. Choisir un arbre plutôt qu'un autre m'est impossible. Ils sont tous tellement différents. Chaque arbre a ses spécificités, ses forces, ses faiblesses. Jusqu'au sein de la même espèce, les différences sont énormes entre les individus. Il n'y en a pas deux pareils, comme les humains.

 

COMMENT AS-TU COMMENCÉ ET QU'EST-CE QUI T'AS ATTIRÉ DANS LE TRAVAIL DU BOIS ?

Mon amour pour le bois est là depuis très longtemps. Enfant, pour un anniversaire, j'ai eu la joie de recevoir une valise contenant la version miniature des outils fondamentaux d'un atelier de menuiserie, dont une scie qui coupait pour de vrai ! J'ai, du plus loin que je me souvienne, toujours bricolé, bidouillé avec beaucoup de plaisir et d'application. C'est donc tout naturellement que le choix de faire un métier manuel s'est dessiné en grandissant. 

 

J'ai été confrontée dans mes diverses activités professionnelles à l'utilisation de matériaux présentant un risque sanitaire comme les diverses colles, les solvants ou encore les traitements ignifuges des bois. J'ai aussi pu constater la quantité incroyable de déchets bois qui pourraient être revalorisés, jetés par les ateliers faute de circuits faciles à utiliser.

J'ai rapidement eu besoin de faire un bilan de ma situation professionnelle, des mes envies ainsi que de mes aspirations et j'ai eu envie d'y redonner du sens et de la cohérence. En créant mon atelier je pouvais choisir les origines des bois travaillés, privilégier la revalorisation des chutes d'élagage, n'utiliser que des produits de finitions naturels et salubres, ne travailler qu'avec des circuits courts ou encore choisir de fabriquer des objets durables plutôt qu'éphémères.

 

QUELLE EST LA PARTIE DE TON TRAVAIL QUI T'ÉPANOUIT LE PLUS ?

J'aime tout sauf poncer ! J'aime choisir le bois, le fendre, le découper, rêver à partir de lui, dessiner les pièces, les façonner, les nourrir avec de l'huile et de la cire. Toutes ces étapes demandent du temps parce que tout est minutieux. J'ai fait le choix de me soumettre complètement à cette temporalité. En revanche, je n'aime pas poncer parce que ça fait de la poussière. J'aime beaucoup les copeaux mais pas la poussière. Et puis le ponçage est une étape beaucoup trop bruyante pour moi.  

 

À LA FOIS BRUT ET SENSUEL, LE BOIS SE TRANSFORME SOUS TES DOIGTS, RACONTE-NOUS.

Je n'ai pas le pouvoir de fabriquer de la sensualité. Je ne peux que tenter de révéler ce qui est déjà là. Il n'y a pas de transformation de la matière à proprement parler, je la façonne simplement. Je suis spectatrice de ce processus. Comme si le bois décidait tout seul. Je suis au service de la matière. Quand je commence à travailler, je ne sais absolument pas où je vais. Je suis le fil du bois, c'est lui qui guide. Je suis donc toujours étonnée du résultat. 

 

COMMENT CHOISIS-TU LE BOIS AVEC LEQUEL TU TRAVAILLES ?

Une attention particulière est portée à la sélection des essences de bois adaptées à un usage alimentaire. La majeure partie de cette matière première vient d'un circuit ultra court de revalorisation des déchets d'élagage, ce qui me permet de vous proposer des objets en bois d'arbre non abattu !  Je trouve aberrant de couper des arbres pour fabriquer des choses alors qu'on en coupe tant pour ne rien en faire. Les pièces sont taillées dans un morceau de bois massif ce qui garantit solidité et salubrité (pas de colle). Le choix se fait ensuite en fonction de certains critères pratiques comme la taille du morceau, sa résistance, etc.  Et puis enfin, c'est là encore une rencontre. Plus le bois est émouvant, plus j'ai envie de travailler avec lui. J'aime sa singularité : ses imperfections, les traces que la vie lui a laissées, ses petites blessures, ses aspérités, ce qui le différencie des autres.    

 

JE SAIS QUE TU CULTIVE CERTAINES VARIÉTÉS D'ARBRES. EST-CE IMPORTANT POUR TOI DE PARTICIPER AU CYCLE DE LA NATURE, À UNE FORME DE REFORESTATION ?

La première motivation de la pépinière est la fascination. C'est extraordinaire de planter une noix et de regarder la magie opérer. Le fruit devient tige, la tige devient tronc, le tronc devient bois. C'est spectaculaire.  Dans son livre La vie secrète des arbres, Peter Wohlleben dit « un arbre engendre un seul et unique successeur, lequel prendra sa place le moment venu ». Récupérer des glands pour les planter, c'est peut-être s'immiscer dans une histoire bien plus grande que moi, mais c'est aussi, à toute petite échelle, participer à la perpétuation de quelque chose d'essentiel.

 

QU'EST-CE QUI T'AS DONNÉ ENVIE DE COLLABORER AVEC LA MAISON E ?

Cette collaboration fait sens car nous sommes animées par des valeurs communes. La Maison E défend un artisanat raisonné et responsable. Ce projet qui me touche est porté avec beaucoup de sincérité et de simplicité. J'aime travailler seule, je l'ai choisi mais je trouve passionnant de rencontrer d'autres regards qui permettent de prendre des directions inattendues, de me décentrer de ma pratique habituelle. Je suis très heureuse que l'histoire de mon petit atelier croise l'histoire de la Maison E. En me confiant tes dessins, tu m'as demandé d'aller quelque part. Il a donc fallu concilier l'endroit où tu souhaitais aller avec le directive donnée par le bois. Ce jeu d'équilibre a donné naissance a des pièces que je n'aurais pas pu créer seule. 

boissellerielucien.com

Je collabore régulièrement avec Lucie sur des pièces en bois présentées dans le shop de la maison E

 

JENNIFER HART-SMITH | Tookies 

Faire corps avec la nature

QUEL RAPPORT AVAIS-TU AVEC LA NATURE QUAND TU ÉTAIS ENFANT ?

Un mélange de fascination, de peur et de plaisir. J’ai eu la chance de grandir dans une famille française et australienne qui valorisait la nature. Ils m’incitaient à l’explorer avec les précautions nécessaires. Nous n'avions pas le droit de creuser la terre du jardin pour jouer, en Australie, pour éviter de croiser une "funnel web" (araignée mortelle). Mis à part ça, c'était quartier libre ! La rencontre avec la nature se faisait par le corps, pas par la tête. La pluie était considérée aussi bénéfique que le soleil et la saleté était relative. Ma grand-mère avait un immense jardin. J’ai toujours su que la nature était là bien avant moi, qu’elle avait ses trésors et ses dangers. Je ne l’aimerais pas autant si je n’avais pas construit avec elle ce lien charnel dès l’enfance. C’est pour cela qu’il est difficile de sensibiliser des enfants à l’écologie si on ne leur met pas les pieds dans le sable (le vrai) ou dans la terre. Il faut leur raconter la nature par les sens sinon ça reste un concept abstrait.

 

C'EST  UNE ÉVIDENCE ET UNE RESPONSABILITÉ DE PROTÉGER L'ENVIRONNEMENT ET D'INSPIRER DE NOUVEAUX MODES DE VIE PLUS SAINS ET RESPECTUEUX DE LA NATURE. AS-TU TOUJOURS RÉUSSI À ALLIER VALEURS PERSONNELLES ET VIE PROFESSIONNELLE ?

Pas toujours non et je trouve important de le souligner. Il y a eu des moments de la vie ou ce lien était moins évident. Je pense notamment à des moments de construction comme l’adolescence. Ma grand mère australienne me parlait souvent des fleurs de son jardin mais secrètement je ne pensais qu'à retrouver mes amis. Et j’avais un peu honte de retrouver des fleurs comestibles dans ma lunch box, c’était plutôt perçu comme un signe de bizarrerie à l’école. Puis les premiers dans la vie active, la quête de réussite, rend la nature dissociable. Mais ce lien est revenu de manière urgente, comme une flèche comme. Car devenir mère, m'a fait remettre petit à petit de la distance avec la ville et me remettre au vert. Je suis convaincue que pour protéger la nature, il ne faut pas s’en dissocier. On peut lire tous les livres que l’on veut sur l’écologie, si ça ne passe pas par les sensations du corps, par nos cellule, ça n'agit pas

 

DE QUELLE MANIERE TE SENS-TU LE PLUS CONNECTÉE À LA NATURE ?

Les sens. Il n’y a pas de mémoire plus puissante que l’olfactif. Les larmes peuvent me monter juste parce que pendant une nano seconde un parfum me renvoie à mon enfance. La complexité des émotions qui passent uniquement par les sens est impressionnante. Il n'y a rien d’autre à faire que d’être et ressentir une joie profonde.

 

LE MONDE VA VITE ET NOUS DEMANDE TROP SOUVENT D'OPTIMISER NOTRE TEMPS. LORSQUE LA VIE S'EMBALLE ET QUE TU SENS TON ÉQUILIBRE T'ÉCHAPPER, COMMENT TE RECENTRES-TU ?

C’est un travail de chaque jour. Principalement, j'écoute mon ventre. J’ai fait un burn out il y a deux ans juste après mes études de naturopathie. Aujourd’hui, je reconnais toute suite les signes d'un stress corporel. Il m'est aujourd'hui impossible de refonctionner comme avant, et c’est une chance. Lorsque je commence à ressentir de la noirceur, que je ne supporte plus les gens, les bruits, la pollution... Je sais qu’il est temps d’aller me cacher en Aveyron, me ressourcer les pieds dans l’herbe. Sinon dans mon travail, cela passe par ne plus accepter des délais incompressibles, apprendre à dire non plus souvent et prioriser ma famille, mes enfants. Passer à côté d’opportunités professionnelles n’est plus du tout une angoisse pour moi aujourd’hui.

 

LA TERRE N'EST PAS UNE RESSOURCE INÉPUISABLE, COMMENT CHOISIS-TU LES INGRÉDIENTS AVEC LESQUELS TU TRAVAILLES ?

C’est à la fois simple et compliqué car je chemine dans un métier, la pâtisserie, qui a complètement mis de côté ces réflexions-là. Remettre tout en question, tout à plat par le prisme de la nature, du mieux être et de l’écologie est fascinant mais il y a beaucoup à faire ! La naturopathie m’a donné une base essentielle de réflexion en réintégrant des notions de saison, de terroir, de local, d'humain et de santé. Il est difficile de trouver des ingrédients qui cochent toutes les cases mais déjà remettre du vivant et du bon sens dans mes préparations, choisir des ingrédients les moins transformés et les plus complets possible est une priorité. Il y a des ingrédients qui en terme de nutrition sont très interessants mais écologiquement désastreux. Je déplore cette façon de s’engouffrer dans un ingrédient au profit d’un autre par le seul prisme de la santé, comme si la santé était dissociable de la nature ! Je pense à l’avocat ou la noix de cajou par exemple. On les encense, sans en connaître les moyens de productions qui sont loins de nous, pour vite se rendre compte que c’est en fait un désastre écologique et humain. Un gâteau 100% naturopathique serait 100% coco ? Mais la noix de coco ne pousse pas chez nous, ça n’a donc aucun sens. En France, je préfère à l'huile de coco, celle de colza, de noix ou le beurre clarifié. Le miel ou la mélasse au profit du sucre blanc. Les farines de sarrasin , seigle, orge, chanvre ou riz complet de camargue au profit de la farine de blé. C’est un terrain créatif sans limites. Les anciens le faisait déjà si bien.

 

QUELS RAPPORT ENTRETIENS—TU AVEC LES SAISONS ? 

Les saison c’est l’apprentissage de l’humilité et de la joie en même temps pour moi. Accepter les petites morts de l’hiver, le vide, naviguer et sonder la boue des profondeurs puis renaître et émerger au printemps. Plus jeune, je n’aimais pas vraiment l’hiver et c’est toujours étrangement compliqué pour moi chaque année. Je suis une fille de l'été ! Mais dans mon travail les saisons sont une évidence. 

 

POURQUOI AS-TU ACCEPTÉ DE COLLABORER AVEC LA MAISON E ? 

J'ai accepté d'imaginer cette création d'infusion parce que je suis cliente de la maison E et que j'adore ses produits. Je suis une adepte du solide vaisselle et du Bon Savon. J'aime toute la démarche que Caroline a mis en place. Et l'occasion de travailler les plantes me donne toujours beaucoup de joie !

tookies.fr

J'ai collaboré avec Jennifer pour l'élaboration d'une collection d'infusions pour le shop de printemps 2019 

 

JULIA POINTER ADAMS 

L'esprit wabi-sabi

COMMENT T'ES-TU INTÉRESSÉE AU WABI SABI  ?

J'ai d'abord entendu parler du wabi-sabi par un professeur à l'université. J'ai eu l'impression qu'il me parlait d'un vieil ami, cela m'était profondément familier. J'ai été attirée par cette forme de beauté simple, chaleureuse et imparfaite. C'est une esthétique que l'on peut naturellement appliquer autour de nous avec des choses concrètes, mais une fois que l'on a compris le concept global, on change aussi sa façon de penser grâce à lui. Tout autour de nous semble nous dire que nous devons être meilleur et avoir toujours plus pour réussir et exister. Le wabi-sabi déconstruit cette vision des choses. Le wabi-sabi propose une alternative plus ouverte au discours classique sur la beauté et la perfection. Il rend la beauté et la vison du beau plus accessible.

QUEL SONT SELON VOUS LES CARACTÉRISTIQUES PRINCIPALES DU WABI SABI ?

Le wabi-sabi est un concept de grande envergure et insaisissable, il est donc difficile de le résumer en quelques mots. Cependant, je pense que l'une des façons les plus simples de le comprendre est de regarder les deux mots japonais qui ont été associés pour le définir. Wabi signifie la simplicité, vivre en harmonie avec la nature, se contenter de ce que l'on a et aspirer à posséder moins. Sabi parle davantage de l'éphémère, de la beauté et de l'authenticité de l'âge : accepter que les gens, la nature, les moments et les objets soient toujours éphémères. Ensemble, ces deux mots décrivent un type de beauté et un mode de vie qui embrasse l'imperfection et la vie simple, s'attachant à ce qui est humble, mystérieux et sans prétention.

CE QUI EST PASSIONNANT DANS TON LIVRE, C'EST LA DIVERSITÉ DES EXEMPLES D'ART DE VIVRE WABI-SABI À TRAVERS LES PAYS. C'EST UN CONCEPT  QUI S'ADAPTE À N'IMPORTE QUELLE CULTURE  ?

Le wabi sabi est une philosophie non-conformiste. J'aime que tu aies ressenti cela. Je voulais vraiment faire comprendre que le wabi-sabi n'est pas un concept unique, c'est pour cela que j'ai pris soin de présenter une variété de familles aux cultures différentes. J'aime la façon dont chacune des personnes et des familles met en évidence un éventail d'aspects du mode de vie wabi-sabi et l'exerce différemment tout au long de leur vie en fonction de leur pays. J'ai pu constater que cet art de vivre se dessine de différentes manières selon l'endroit où l'on vit et la diversité de votre environnement. La simplicité au Danemark peut sembler physiquement très différente de la simplicité au Japon, en Italie ou en Inde et je pense que ces différences sont une richesse.

LE WABI-SABI S'EST-IL ADAPTÉ AU MONDE CONTEMPORAIN OU EST-CE L'INVERSE ?

Quelle bonne question ! Je pense tout d'abord que notre compréhension moderne du wabi-sabi a certainement évoluée depuis son origine. Cela laisse penser que l'évolution du wabi-sabi lui permet aujourd'hui de s'expérimenter dans notre environnement contemporain. Très peu d'entre nous participent à des cérémonies du thé dans les règles de l'art japonais, où l'idée du wabi-sabi est née. Cependant, l'essence de ce que l'on trouve dans ces environnements et ces expériences peut se perpétuer dans des moments plus modernes et quotidiens. Heureusement pour nous tous, je pense que les sentiments et les attitudes au cœur du wabi-sabi peuvent transcender le temps et le lieu où nous vivons, que ce soit maintenant ou dans le futur, dans un contexte urbain ou rural, dans une maison somptueuse ou une maison modeste. Le wabi-sabi est une philosophie à embrasser au quotidien tout au long de sa vie, quelle que soit l'époque où l'on vit.

juliepointer.com

Julia a écrit le livre "Wabi-Sabi Welcome", je l'ai interviewée pour la maison E à l'occasion de la sortie de son livre.